
L’arrivée de bébé est un bouleversement total pour le corps, mais aussi pour le moral des jeunes mamans. La montée de lait fait partie de ces moments fondateurs, à la fois naturels et déroutants. Cette expérience intense que vivent les femmes est pourtant souvent passée sous silence. On vous propose ici un tour d’horizon sincère sur la montée de lait, ses causes et son pouvoir insoupçonné.
La montée de lait, qu’est-ce que c’est au juste ?
La montée de lait (ou lactogenèse) correspond au moment où la production de lait maternel démarre véritablement dans les jours après l’accouchement. Mieux comprendre ce processus, c’est déjà commencer à s’y préparer et à vivre différemment ces premiers instants qui suivent la naissance.
Les étapes de la lactation après l’accouchement
Juste après l’accouchement, la lactation suit différentes phases. Dès la fin de la grossesse, les glandes mammaires se modifient pour préparer les seins à l’allaitement. Pendant les toutes premières heures post-accouchement, on produit du colostrum, cette “première goutte de lait” jaune-orangé, ultra riche en anticorps et en nutriments. Ce colostrum veille à protéger le système immunitaire de bébé et favorise également l’élimination du méconium.
Quand a lieu la montée de lait ?
La montée de lait arrive généralement entre 48 et 72 heures après la naissance. À ce moment-là, le corps passe du colostrum à un lait plus mature, avec un afflux soudain et visible de lait. Ce changement est étroitement lié à la chute des hormones de grossesse (surtout la progestérone) et à une augmentation significative de la prolactine, l’hormone qui booste la fabrication de lait.
Pour certaines femmes, notamment après une césarienne ou si bébé est prématuré, cette montée de lait peut se faire attendre. Mais les jeunes mamans doivent se rassurer. Multiplier les tétées et privilégier le peau à peau sont des gestes simples qui favorisent son arrivée.
| Le saviez-vous ? Selon La Leche League International, les conditions de l’accouchement peuvent avoir une influence directe sur le démarrage de l’allaiteement. Un déroulement difficile ou médicalement complexe peut parfois retarder le stade II de la lactogénèse, communément appelé “montée de lait”, et générer chez certaines mères du stress ou des inquiétudes quant à leur capacité à produire une quantité suffisante de lait pour leur bébé. (Source : La Leche League International – Accouchement et allaitement, 2018) |
Les signes et sensations de la montée de lait chez la maman
La montée de lait n’est pas une simple formalité, c’est un vrai phénomène physique. Beaucoup de mamans remarquent que leur poitrine est gonflée et douloureuse. Les seins peuvent être chauds, tendus, parfois même durs. On peut aussi ressentir un petit coup de fièvre (une fébricule), de la fatigue ou un inconfort lié à l’engorgement.
Parfois, des écoulements spontanés de lait se produisent, ou encore des picotements juste avant une tétée. Les seins deviennent alors hypersensibles, voire franchement douloureux quand on les touche. Généralement, ces ressentis s’atténuent progressivement à mesure que la lactation se cale sur les besoins de bébé.
Même si ces sensations peuvent un peu déstabiliser, souvenez-vous que chaque maman vit sa montée de lait à sa façon et que ce phénomène est totalement normal et passager.
Ce dont on parle rarement
Si la montée de lait fait partie du vocabulaire médical, ce que vivent vraiment les femmes reste parfois tabou. Les jeunes mamans n’osent pas toujours partager ce qu’elles ressentent avec leurs proches ou l’équipe soignante de la maternité.
Les ressentis physiques et émotionnels moins connus
En dehors de la fameuse sensation de seins gonflés, certaines femmes témoignent d’une véritable vague émotionnelle au moment de la montée de lait. Ce chamboulement peut aller jusqu’à une hypersensibilité inattendue, des larmes qui surgissent sans explication, voire une impression d’être submergée. Des symptômes renforcés par la chute hormonale qui suit l’accouchement.
Côté corps, il n’est pas rare de ressentir des tremblements et des frissons. La fatigue joue ici un rôle de miroir grossissant : quand le sommeil manque, la douleur ou tout simple inconfort dans la poitrine semblent amplifiés, épuisant davantage une maman déjà bien sollicitée.
Montée de lait : pourquoi elle peut déstabiliser les nouvelles mamans ?
La montée de lait arrive souvent brutalement au moment où l’on pensait retrouver un peu d’équilibre après l’accouchement. Les hormones s’emballent, les premiers doutes sur l’allaitement et la santé de bébé surgissent, sans parler du manque de repos.
Beaucoup de femmes se sentent seules avec ces sensations, persuadées que leur douleur ou leurs émotions incontrôlables sont “anormales”. Ce décalage avec l’image idéale du “moment magique” renforce parfois la détresse ou la culpabilité.
Tous ces ressentis sont normaux, partagés par beaucoup de mamans et sont loin d’être rares ni inquiétants. Le savoir aide à lever le tabou et à traverser plus sereinement cette période qui, même si elle n’a rien d’un long fleuve tranquille, fait partie de l’aventure maternelle.
Montée de lait : comment faire si je ne veux pas allaiter ?
Pour les mamans qui ne souhaitent pas allaiter, la montée de lait peut être vécue comme une étape délicate. En effet, même sans mise au sein, le corps déclenche naturellement ce processus hormonal. Les seins deviennent tendus, parfois douloureux, et l’inconfort peut surprendre celles qui avaient fait le choix du biberon dès la naissance. Ce moment peut être source de questionnements et de culpabilité, alors qu’il s’agit d’un phénomène physiologique normal.
Heureusement, il existe des solutions pour accompagner la montée de lait sans allaitement : port de soutiens-gorge fermes adaptés, application de froid local, prise en charge médicale si nécessaire. L’accompagnement des professionnels de santé et le soutien psychologique jouent aussi un rôle crucial afin que la jeune maman se sente respectée dans son choix.
👉 Si vous ne souhaitez pas allaiter : Évitez toute stimulation des mamelons ou expression manuelle du lait, car cela entretient la production. Préférez le port d’un soutien-gorge ferme pour limiter les tensions, appliquez du froid local plusieurs fois par jour pour réduire l’inflammation, et maintenez une bonne hydratation.
Si la douleur devient trop importante, un avis médical est recommandé afin d’évaluer la possibilité d’un traitement visant à inhiber la lactation.
Pourquoi cette étape peut surprendre autant ?
Même les mamans qui se sont beaucoup renseignées découvrent parfois la montée de lait avec étonnement. Entre ce que l’on lit et ce que l’on vit réellement, il y a souvent un écart… et de vrais moments de surprise.
L’impact sur votre corps et votre bien-être
Quand la montée de lait démarre, les sensations physiques peuvent être bien différentes de ce que l’on avait imaginé. Beaucoup de mamans sont étonnées de l’intensité des changement physiques qui surviennent au début de l’allaitement. L’arrivée du lait maternel prend des allures de raz-de-marée et est un vrai bouleversement.
Il est également important de savoir reconnaître la mastite qui est une inflammation du sein qui survient le plus souvent pendant l’allaitement, généralement à la suite d’un engorgement non résolu ou d’un canal lactifère obstrué. Elle se manifeste par une zone rouge, chaude, douloureuse au niveau de la poitrine, souvent associée à une fièvre et une grande fatigue. Dans certains cas cela nécessite la prise d’antibiotiques. Si vous observez ces symptômes, il faut consulter.
Côté bien-être, cette étape provoque souvent une fatigue plus marquée, un sommeil haché et une la sensation d’être débordée. La montée de lait a aussi tendance à amplifier la sensibilité émotionnelle du post-partum : beaucoup parlent de tempête hormonale, et la vulnérabilité peut être à son comble pile à ce moment-là.
Ce qui rend ce moment aussi surprenant, c’est notamment :
- La puissance physique de la montée de lait, bien plus intense qu’on ne l’imagine.
- Le grand écart entre la vision idyllique de l’allaitement et une réalité parfois inconfortable.
- La superposition des bouleversements hormonaux, émotionnels et de l’arrivée du bébé.
- Cette crainte de mal faire dans l’allaitement ou les premiers soins du tout-petit.
- Le manque d’informations concrètes pour anticiper et apaiser les premiers symptômes.
Savoir que cette phase peut dérouter, même quand on est préparée, aide déjà à souffler un peu. Accueillir la surprise comme une étape normale, c’est aussi s’offrir la possibilité de vivre cette période plus sereinement, et d’aller chercher les bons conseils sans se juger.
Comment apaiser naturellement les symptômes de la montée de lait ?
La montée de lait, même si elle fait partie du parcours post-accouchement, peut être source d’inconfort. Pourtant, il existe des astuces naturelles et des gestes tout doux pour mieux vivre cette période, que vous choisissiez d’allaiter ou non.
Gestes préventifs et premiers réflexes à connaître
Pour limiter l’inconfort dès les premiers signes, certains réflexes simples peuvent tout changer. Le contact peau à peau avec votre bébé, par exemple, stimule la sécrétion d’ocytocine, ce qui facilite une montée de lait progressive et aide à prévenir l’engorgement. Si vous allaitez, proposez le sein à la demande, aussi souvent que votre bébé le souhaite : c’est la meilleure façon d’ajuster naturellement la production de lait maternel à ses besoins.
L’observation de la position de votre bébé lors de la tétée est également essentielle pour limiter douleurs et crevasses. En cas de tiraillements, posez des compresses d’eau tiède entre les tétées afin d’aider les tissus à se détendre, ou bien privilégiez le froid local – poche de gel ou feuilles de chou (l’astuce partagée par de nombreuses sages-femmes).
Vous devez restée vigilante vis à vis de certains symptômes : contrairement à un simple surplus de lait, l’œdème inflammatoire résulte surtout d’un afflux sanguin et lymphatique associé à l’inflammation. Cette situation peut gêner la succion du bébé, car l’aréole devient dure et difficile à saisir. Pour soulager l’inconfort, il est recommandé d’appliquer du froid entre les tétées pour réduire l’inflammation.
Des habitudes toutes simples aident à prévenir l’engorgement ou à limiter la gêne :
- Variez les positions d’allaitement pour drainer au mieux toutes les zones du sein,
- Massez délicatement vos seins sous l’eau tiède, avec des mouvements circulaires vers l’aréole, afin de faciliter l’écoulement,
- Portez un soutien-gorge souple et adapté, pour un maintien confortable sans comprimer la poitrine.
Solutions douces pour soulager l’inconfort
Si la montée de lait devient douloureuse ou que vos seins semblent très tendus, certains remèdes naturels peuvent offrir un vrai soulagement,. Pensez à appliquer des compresses froides après la tétée, ou à exprimer quelques gouttes de lait à la main pour atténuer la pression, surtout en cas d’engorgement ponctuel.
Côté remèdes d’appoint, vous pouvez miser sur de petites infusions : cerfeuil, menthe, sauge fenouil (toujours après avoir pris l’avis d’un professionnel), qui peuvent diminuer ou favoriser la production de lait. Prenez aussi le temps de vous reposer et de boire suffisamment pour aider votre corps à mieux gérer cette période pleine de changements.
Une enquête observationnelle récente menée par Garbacz et collaborateurs (2024) a mis en lumière l’usage fréquent des tisanes galactogènes chez les jeunes mères.
Près de 73 % des femmes interrogées déclaraient consommer des mélanges de plantes prêts à l’emploi pour soutenir leur lactation, et 82 % d’entre elles les jugeaient efficaces. Les auteurs soulignent toutefois que cette perception repose sur le ressenti maternel et qu’il existe encore peu de données cliniques objectives permettant de confirmer scientifiquement l’efficacité réelle de ces plantes sur l’augmentation de la production de lait.
La Leche League France mentionne qu’ « aucune étude scientifique n’a pu évaluer l’effet de la sauge sur la lactation » et recommande de choisir des plantes à faible teneur en substances potentiellement toxiques (thuyone, camphre). Il est donc conseillé de bien se renseigner avant l’achat de tisane pour enrayer ou favoriser la lactation.
Autres solutions naturelles utiles :
- Portez des coussinets d’allaitement pour absorber les éventuels écoulements,
- Prenez quelques minutes pour vous relaxer ou pratiquer la respiration profonde, histoire de garder le stress à distance,
- Si l’inconfort persiste, n’hésitez pas à demander conseil à une sage-femme : homéopathie, soutien émotionnel ou acupuncture, chaque situation peut trouver sa solution.
Le principal : écoutez-vous et entourez-vous, que vous allaitiez ou non. Avec ces gestes simples et accessibles, cette étape délicate passe souvent en douceur, et chacun trouve son équilibre à son rythme.
Allaitement ou pas : bien vivre cette période selon votre choix
La montée de lait, c’est une étape que toutes les femmes traversent après l’accouchement, que l’on décide d’allaiter ou non. L’important, c’est de l’aborder sans pression ni culpabilité, en choisissant les solutions qui vous correspondent vraiment, pour vivre ce moment tout en douceur, selon vos convictions et vos besoins.
À retenir en priorité :
- Ce phénomène, souvent intense, reste temporaire. Il va peu à peu s’ajuster selon le rythme et les besoins de chaque bébé.
- Maîtriser quelques réflexes simple (tétées à la demande, compresses fraîches, repos, hydratation) peut aider à limiter douleurs et engorgements.
- S’informer et surtout demander de l’aide : c’est indispensable pour prévenir les soucis et vivre cette période plus sereinement.
Et surtout, adoptez la bienveillance envers vous-même, quel que soit votre choix. Cette période de transition marque le début de la parentalité : laissez-vous du temps, acceptez ce nouveau rythme. C’est comme ça que l’on prend soin de soi et de son bébé les premiers jours.
Quelques sources pour en savoir plus sur l’allaitement ou le don de lait maternel ?


